Samhain ou Halloween ?

Halloween-3.pngC’est avec la grande vague d’émigration irlandaise vers le nouveau Monde que la tradition de Samhain, "Halloween", a traversé l’Atlantique. Mais cette tradition existait aussi en Bretagne. L’année celtique était divisée en deux grandes périodes, de novembre à mai et de mai à novembre, la sombre et la claire, la froide et la chaude, l’hiver et l’été, telle que nos anciens la séparent encore en breton, ar goañv hag an hañv. A la jointure des deux grandes saisons, la nuit qui précède le premier novembre marquait donc à la fois la clôture de l’été, et l’ouverture du Nouvel an des Celtes, aux calendes de l’hiver, toujours nommées kalan-goañv en breton. 

Un jalon dans le calendrier 45390341_p.gif

Jusqu’au siècle dernier, le ler novembre a conservé sa fonction de jalon, déterminant à la fois la fermeture d’un cycle et l’ouverture d’un autre. De grande importance pour une société essentiellement rurale, il marque la fin des travaux d’extérieur. A cette date, le bétail doit être ramené la nuit des paturâges, les récoltes, engrangées, les blés d’hiver, semés, les provisions de bois de chauffage rangées sous la remise. Comme chez les Romains, où les calendes étaient le jour d’échéance des dettes, les locations doivent être réglées, les ouvriers reçoivent leur paye, les contrats d’embauche arrivent à terme, et de nouveaux engagements sont pris.

 

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Des foires ont lieu en Bretagne comme les foarioù kalan goañv de Carhaix ou de Ploezal. Après avoir été fixé sur les rendements de l’automne et on l’espère, rassuré, on cherche maintenant à obtenir d’autres assurances du côté du ciel, des indications sur le temps à venir.

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Un temps de réjouissances

Dans le mélange de croyances anciennes et chrétiennes qui marque la célébration de la Toussaint en Bretagne, où les deux premiers jours de novembre font un tout, on  note pour les Bretons, du moins dans une période relativement récente, le caractère solennel et parfois lugubre de cette fête. Ce n’est pas un hasard si le mois de novembre se nomme mois noir en breton, miz du. Le 2 novembre, est célébrée dans la prière et le recueillement, mais on la distingue bien de la veille du 1er novembre, dont l’atmosphère est d’une tout autre nature. Celle-ci se déroule, au contraire, dans la joie, accordant une large place aux jeux d’intérieur - des jeux assez comparables à ceux pratiqués autrefois lors des veillées - autour de la cheminée, devant le feu rituel. Ce repli sur les habitations a pu naître de la crainte des esprits qui hantent les chemins en cette nuit particulière.1392562586.jpg

 

Si les réjouissances le soir d’Halloween sont variées - l’imagination populaire est inépuisable, il n’en reste pas moins qu’elles comportent un certain nombre d’éléments en commun. Ce sont, dans l’ensemble, des jeux de divination qui visent à percer le mystère du futur, notamment dans les domaines de l’amour, parfois de la mort, et de la fortune. En Bretagne, des traces de ces pratiques divinatoires ludiques subsistent, ici et là, dans la mémoire des anciens, essentiellement dans le cadre des veillées, mais aussi lors des feux de la Saint-Jean.

 

Des fruits et légumes, les uns tous plus chargés de symboles que les autres, sont associés aux divers jeux. La pomme tout d’abord avec ce divertissement favori qui consistait à attraper une pomme avec les dents dans une bassine d’eau. La réussite de cette épreuve difficile, qui déclenchait bien des rires dans l’assistance, était un signe de bonheur matrimonial assuré.

Haloween-2.pngLa nuit des masques

Mais la nuit d’Halloween, dans les pays celtiques, n’aurait pas été complète sans un défilé : des groupes de jeunes gens, le visage grimé de suie, (celui du feu rituel ?), ou cachés derrière des masques de paille ou de carton, parcouraient les campagnes. En ces temps de bouleversements, on cherchait à changer les rôles. Des hommes s’habillaient en femmes, des femmes en homme. Chantant, soufflant dans des cornes, ils effectuaient la tournée des maisons et faisaient appel à la générosité de leurs occupants. Le produit de la collecte servait à poursuivre la fête. On leur offrait, bien sûr, à boire. Les joyeux drilles s’adonnaient aussi à toutes sortes de farces : boucher les cheminées pour enfumer les occupants , déplacer du matériel agricole, arracher les choux et les navets des jardins et bombarder les portes des habitations avec les trognons, sortir les barrières de leurs gonds….Haloween-2.png

Dans les chaumières, on était préparé à ce genre de blagues et la tradition les admettait. Cette nuit-là, tout était pardonné. Quel rôle entendait-on jouer sous de tels déguisements ? Cherchait-on à effrayer les mortels, attardés sur les routes, à grand renfort de betteraves creusées en forme de tête de mort, éclairées par une bougie à l’intérieur. Les portait-on, au contraire, pour repousser les êtres surnaturels qu’on aurait pu rencontrer en chemin ? On peut tout imaginer à propos d’une fête dont la célébration et les interprétations n’ont certainement jamais cessé d’évoluer au fil du temps, en empruntant au fonds inépuisable des traditions populaires.

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sans-titre.pngAujourd’hui, les pratiques traditionnelles de Samhain ne sont plus ce qu’elles étaient. Outre-Manche et outre-Atlantique elles sont pour ainsi dire réduites à des défilés d’enfants et aux distributions de bonbons mis à la mode aux Etats-Unis et les diablotins habillés en citrouilles se remplissent les poches et le ventre ou en font voir de vertes et de pas mûres aux adultes qui ont oublié de faire leurs provisions de friandises.

 La vieille fête du nouvel an celtique a bien changé !

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Commentaires

  • désolée ma tante je viens vite fait en passant te donner le bonsoir avant d'être une nouvelle fois coupée d'internet...et donc pas le temps de tout lire maintenant mais à très vite !
    kenavo !

  • belle remise à l'heure des pendules ! Il est vrai qu'Halloween ressemble plus à la quête de friandises qu'à ce que tu décris ! Merci pour cette page culturelle :)
    Bonne journée

  • Mais oui, pourquoi toujours faire comme les américains... ils sont sympa, ok, mais les belles traditions, celles qui ne sont pas commerciales, on pourrait peut-être les garder, non ? Merci pour tout ces détails. La sorcière en est ravie.
    bzz et bonne journée

  • Mais oui, j'ai été très très sage cette année, le père-Nono peut bien me gâter un peu....
    bzz et à tout bientôt.

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